Les dieux

« Vous vous rappelez, quand Enée descend chez Pluton. Il répand du sang autour de lui, et les ombres des morts viennent flairer ce sang; elles se nourrissent de ses effluves; elles reprennent, pour un temps, un peu de densité et elles parlent, elles parlent; elles regrettent tellement la lumière des vivants! » (« Sueurs froides », Boileau-Narcejac)

Archaïsme… Archaïsme?

Mais alors, archaïsmes, entre autres, par exemple, de tant de textes chrétiens, que seuls soutiennent encore la couche supérieure de nos phantasmes. Version illusoire de la réalité que ces vieux grimoires qui sans cesse occulte des pans entiers de connaissances rejetées, refoulées. « Je veux croire en croyant que tout est vrai », me disais-je dans ma jeunesse. Je sais maintenant, du moins c’est ma conviction intime, que tout n’est pas vrai dans le christianisme, que nous y avons perdu beaucoup de savoir, d’où ce sentiment permanent de frustration, d’incomplétude et de déception, cette affectivité toujours au bord des larmes malgré l’amour que l’on peut éprouver, cette timidité, comme s’il fallait toujours s’excuser, ce doute sur l’issue finale qui m’a définitivement fait fuir. Il y a des dieux et c’est ce que l’on voit partout sur Terre, à l’entrée de chaque temple, dans chaque geste autour des autels.

Marie phantasmée ne conduit qu’à cette Grande-Mère universellement adorée et exécrée, ce n’est encore jamais la délivrance mais, au contraire, les mâchoires ultimes de ce Père qui, tandis que nous dépendons de nos pauvres repas, broie cyniquement et nos corps et nos âmes.

Doués pour les sciences dures et la matérialité, nous stagnons en Occident dans les précieuses imaginations qui assurent notre tranquillité de pensée, sans accepter de perdre, de décaper, les fausses espérances et les angoisses de ceux qui, au fond d’eux-mêmes, savent bien, malgré leurs sourires affichés, que le combat n’est pas terminé ni le salut assuré. Nous avons rejeté ce que savait notre propre culture, de toute Antiquité, pour un saut vers l’absolu, croyant avoir définitivement atteint, -par une Mère et par un Père!-, la sortie de la servitude du monde. En ce sens, l’on ne peut pas ne pas rendre hommage à l’Inde, à l’Asie qui, moins durcies dans le seul rationnel, ont su préserver le maximum des connaissances auxquelles nous pouvons avoir accès. Et je pense, bien sûr, au bouddhisme tibétain puisqu’il m’a personnellement touchée, lui et son petit peuple amoureux de ses déités, de sa foule d’esprits malgré les mises en garde des soutras d’autrefois et la férocité des dictateurs actuels. Que de douleurs et que d’effrois, que d’indignations et de révoltes au contact de ce déchaînement des enfers et des cieux.

Cette page va parler de l’Église et de ses amis.
Autrement dit, des dieux.
Mais commençons par le commencement…

Antiquité

« D’or fut la première race d’hommes périssables que créèrent les Immortels, habitants de l’Olympe. /…/ Ils vivaient comme des dieux, le cœur libre de soucis, à l’écart et à l’abri des peines et des misères: la vieillesse misérable sur eux ne pesait pas;/…/ ils s’égayaient dans les festins, loin de tous les maux. /…/ Tous les biens étaient à eux. /…/ Depuis que le sol a recouvert ceux de cette race, ils sont, par le vouloir de Zeus puissant, les bons génies de la terre, gardiens des mortels, dispensateurs de la richesse: c’est le royal honneur qui leur fut départi. /…/ Puis une race bien inférieure, une race d’argent, plus tard fut créée encore par les habitants de l’Olympe. /…/ Ils vivaient peu de temps et, par leur folie, souffraient mille peines. Ils ne savaient pas s’abstenir entre eux d’une folle démesure.

L'oracle de Delphes

Ils refusaient d’offrir un culte aux Immortels ou de sacrifier aux saints autels des Bienheureux, selon la loi des hommes qui se sont donnés des demeures. Alors Zeus, fils de Cronos, les ensevelit, courroucé, parce qu’ils ne rendaient pas hommage aux dieux bienheureux qui possèdent l’Olympe. Et, quand le sol les eut recouverts à leur tour, ils devinrent ceux que les mortels appellent les Bienheureux des Enfers, génies inférieurs mais que quelque honneur accompagne encore.

Et Zeus, père des dieux, créa une troisième race d’hommes périssables, race de bronze /…/. Ceux-là ne songeaient qu’aux travaux gémissants d’Arès et aux oeuvres de démesure. Ils ne mangeaient pas le pain; leur coeur était comme l’acier rigide; ils terrifiaient/…/. Ils succombèrent, eux, sous leurs propres bras et partirent pour le séjour moisi de l’Hadès frissonnant, sans laisser de nom sur la terre. Le noir trépas les prit, pour effrayant qu’ils fussent et ils quittèrent l’éclatante lumière du soleil. »

« Zeus résolut de détruire les hommes de l’âge de bronze et déchaîna un grand DÉLUGE. Seuls deux justes devaient être épargnés. ils construisirent une « arche » qui flotta sur les eaux et abordèrent en Thessalie. Zeus leur envoya Hermès qui leur ordonna, pour avoir des compagnons, de jeter par-dessus leurs épaules, chacun, « les os de sa mère ». Effrayés d’une telle impiété, ils comprirent enfin qu’ils s’agissait des pierres, « os de la Terre », qui est la Mère universelle. Des pierres naquirent des hommes et des femmes… »

« La Mythologie grecque », Pierre Grimal, P.U.F., Que sais-je? -1968.

« Et, quand le sol eut de nouveau recouvert cette race, Zeus, fils de Cronos, en créa une quatrième sur la glèbe nourricière, plus juste et plus brave, race divine des héros que l’on nomme demi-dieux et dont la génération nous a précédés /…/. Ceux-là périrent dans la dure guerre et dans la mêlée douloureuse, les uns devant les murs de Thèbes aux sept portes, /…/ les autres au-delà de l’abîme marin, à Troie, où la guerre les avait conduits sur des vaisseaux et où la mort, qui tout achève, les enveloppa. A d’autres enfin, Zeus, fils de Cronos et père des dieux, a donné une existence et une demeure éloignées des hommes, en les établissant aux confins de la terre. /…/

Et plût au ciel que je n’eusse pas à mon tour à vivre au milieu de ceux de la cinquième race et que je fusse mort plus tôt ou né plus tard. Car c’est maintenant la race du fer -(le Kali Yuga, disent les contemporains d’Hésiode dans les Védas, en Inde)-. Ils ne cesseront ni le jour de souffrir fatigues et misères, ni la nuit d’être consumés par les dures angoisses que leur enverront les dieux/…/. L’heure viendra où Zeus anéantira à son tour cette race d’hommes périssables: ce sera le moment où ils naîtront avec des tempes blanches. Le père alors ne ressemblera plus à ses fils ni les fils à leur père; l’hôte ne sera plus cher à son hôte, l’ami à son ami, le frère à son frère, ainsi qu’aux jours passés. A leurs parents, sitôt qu’ils vieilliront, ils ne montreront que mépris; pour se plaindre d’eux, ils s’exprimeront en paroles rudes, les méchants! et ne connaîtront même pas la crainte du Ciel. Aux vieillards qui les ont nourris, ils refuseront les aliments. Nul prix ne s’attachera plus au serment tenu, au juste, au bien: c’est à l’artisan de crimes, à l’homme tout démesure qu’iront leurs respects; le seul droit sera la force, la conscience n’existera plus. Le lâche attaquera le brave avec des mots tortueux, qu’il appuiera d’un faux serment. Aux pas de tous les misérables humains s’attachera la jalousie, au langage amer, au front haineux, qui se plaît au mal. Alors, quittant pour l’Olympe la terre aux large routes, cachant leurs beaux corps sous des voiles blancs, Conscience et Vergogne, délaissant les hommes, monteront vers les Éternels. De tristes souffrances resteront seules aux mortels: contre le mal il ne sera point de recours. »

« Les Travaux et les Jours », Hésiode

Merveilleuse modernité de ces textes préservés dont on ne peut pas ne pas voir, passée l’admiration que suscite leur élégance, qu’il sont vivants et racontent des choses qui nous concernent toujours, qu’ils sont de caractères sacrés.

Ce n’était qu’un petit exemple pour Hésiode. Les Grecs ont parlé avec une remarquable clarté de ces enfers et de ces dieux dont nous ne cessons d’émerger! Nous verrons bientôt la Bible où nous pourrons retrouver la Pomme, la même sans doute que celle des Grecs qui, d’ailleurs, rendent moins abscons le texte de la Genèse qui m’avait toujours laissée perplexe.

« Voici que s’adresse à lui le divin Hermès:

 » /…/ Maintenant, il te faut rendre un arrêt et prononcer entre les divinités du ciel; maintenant distingue la beauté la plus parfaite et offre à la plus éclatante la pomme que voici, ce fruit tant désiré. Tels sont ses mots. » [Autrement dit: choisis la déesse que tu préfères et offre lui la servitude des humains: ils ne pourront pas ne pas croquer la pomme qui la fera régner sur eux, de la Terre aux Enfers. Ainsi, perpétuellement, les âmes qui se sont données au même dieu nourrissent de leur défaite le sol dans lequel il peut solidement s’incruster].

« Pâris [Pâris n’est qu’un simple mortel. Prince troyen, un dieu fait pression sur lui. Il s’agit en fait d’un ordre.] fixe son regard caressant et essaie doucement d’apprécier la beauté de chacune. Il examine l’éclat des yeux clairs, il scrute les nuques parées d’or, il juge la parure de chacune, même la beauté du talon par derrière et le bout des pieds [parties du corps qui, dans les mondes subtils, -je l’ai constaté d’expérience moi-même – peuvent attacher aux esprits de sa propre ascendance ou aux êtres des lieux infernaux. Tout à un sens spirituel dans cette description]. Mais Athéna, [protectrice de Troie] sans attendre la sentence, prend les mains d’Alexandre [autre nom de Pâris, comme s’il fallait bien affirmer ainsi que l’enjeu est aussi politique et qu’il est bien question du pouvoir sur Terre] qui sourit et lui adresse à peu près ces mots:

« Viens, laisse de côté l’épouse de Zeus; dédaigne Aphrodite, qui ne règne que sur l’union conjugale et préfère Athéna /…/. Tu es, dit-on, un roi et tu as la garde de la cité troyenne. Viens, je ferai de toi, pour tes concitoyens malheureux, le sauveur de la patrie. /…/ Obéis-moi, je t’enseignerai les combats et le courage. »

Voila ce que proclame la très sage Athéna. Et voici ce qu’à son tour lui dit Héra aux bras blancs:

 » Si tu me choisis et que tu me donnes le fruit entre tous délectable, je ferai de toi le Seigneur de toute mon Asie. /…/ Qu’a-t-il à faire avec les guerres, un roi? /…/ »

Telle est la suprématie qu’offre Héra, dont le trône est le premier. Mais l’autre ouvre sa tunique largement drapée et fait jaillir son sein nu, car elle ne rougit pas, Cypris (Aphrodite). Soulevant de sa main la suave chaîne des amours /…/, avec un sourire, voici comment elle s’adresse au berger:

Vénus-Aphrodite

« Accueille-moi et oublie la guerre; accueille ma beauté et dédaigne sceptres et terre d’Asie. J’ignore les oeuvres de guerre; qu’a-t-elle à faire des boucliers, une Aphrodite? /…/ Je te donnerai une épouse charmante; au lieu d’un royaume, monte dans la couche d’Hélène. Lacédémone, après Troie, te verra jeune marié. »

Elle n’a pas terminé son propos que Pâris lui tend la belle pomme, emblème de beauté, trésor précieux pour Aphrogénie, génératrice de guerre et maudite engeance de travaux guerriers », tant il est vrai que les cieux semblent vivre, par la force des choses, le contraire de ce qui se passe pour nous simultanément: guerre humaine-paix des dieux; souffrance humaine-plaisir des dieux.

La trahison de Pâris, en choisissant Hélène, princesse de Sparte et fille de Zeus, lui coûtera le vie. Il mourra sur le champ de bataille et Troie perdra la guerre.

« L’Enlèvement d’Hélène », Collouthos

S’annonçait peu à peu le déclin que nous décrit Catulle:

« En ce temps-là, les habitants des cieux venaient en personne visiter les demeures pures des héros et se montraient aux assemblées des mortels, qui ne faisaient pas encore fi de la piété. Souvent le père des dieux, de retour dans son temple resplendissant, quand l’année ramenait les jours de fêtes sacrées, vit cent taureaux tomber à terre devant lui. Souvent Bacchus (Dyonisos), errant sur le sommet du Parnasse, conduisit les Thyades qui, les cheveux épars, criaient évohé! quand Delphes tout entière, se précipitant à l’envi hors de ses murailles, accueillait le dieu avec joie devant les autels fumant. /…/ Mais, depuis que le crime néfaste a souillé la terre et que la passion a chassé la justice de toutes les âmes /…/, toutes ces horreurs d’une folie perverse qui ne distingue le bien et le mal ont détourné de nous les justes dieux. Voila pourquoi ils ne daignent plus visiter nos assemblées et ne nous permettent plus de les toucher dans la claire lumière du jour. »

« Poésis », Catulle

(Extraits tirés de « Panthéon en poche. Dieux et déesses de l’Antiquité » Textes réunis et présentés par Laure de Chantal. Ed. Les Belles Lettres. 2007)

La porte était ouverte au christianisme.

Mais pourquoi parler de l’Antiquité? Les tibétains disent eux-mêmes du Dalaï-Lama: « C’est un dieu-vivant ». Je pense qu’ils n’ont pas tort; dieu (sans majuscule) ou démon, comme on voudra mais certainement pas le Nobel ordinaire que l’on veut en faire.

Revisitez Homère, Virgile, Hésiode, Platon et quelques autres. D’une part, encore une fois, les textes sont magnifiques et se lisent avec autant de facilité que la littérature contemporaine -et, ça, on l’a oublié-, d’autre part, vous retrouverez sans difficultés ce qui vous plaît tant dans le bouddhisme tibétain: les fondements de nos connaissances, de nos aventures et de nos combats spirituels. Les raisons même de ceux-ci: le ciel est plus bas qu’on ne croit, les dieux bien plus proches et l’on peut encore côtoyer, à notre époque, les oracles de ces demi-dieux (ou demi-démons) incarnés qui continuent de nous Initier, très publiquement, à leurs cultes à mystères. Nombreux sont peut-être ceux en France ou en Occident qui passent par les cycles d’enfers et de renaissance qu’ils nous ont tous décrits et, malgré tout, l’on continue de ne supporter la diffusion de ce savoir qu’importé de l’étranger!

Les dieux et leur cortège de souffrances semblent avoir été chassés par le christianisme… De mon point de vue, l’Antiquité et les êtres subtils qui relèvent de ses cultes ont continués d’exister probablement partout dans le monde, seulement, c’est en Inde que l’on n’éprouve pas de honte à décrire en détails les devenirs et les aventures de l’être, humain compris, dans cette confrontation. A notre époque, cela ne devient crédible et honorable qu’en en passant par là.

Nous préférons affirmer que cela n’existe plus, que ce n’était que de l’imaginaire et que, de toute façon, le monothéisme, aidé par la modernité, a effacé les derniers lambeaux de ce qui pouvait encore subsister. Je pense, moi, -c’est mon expérience du mariage sacré-, que jamais les dieux n’ont été si puissants, jamais leurs temples aussi bien remplis et que nous en avons régulièrement un des meilleurs exemples sous nos yeux lorsque le Successeur de Saint Pierre reçoit le Dalaï-Lama au Vatican, à grand renfort de media et de technologies modernes. Un « dieu-vivant » tibétain auquel s’ouvre l’Acropole éternelle d’une Rome qui n’a pas changée. « Les dieux sont vainqueurs »!

Le Dalaï-Lama, ou la révélation de l’Hadès, du Séjour des Morts, à notre époque même… D’après mon vécu personnel (et, heureusement, à défaut de Delphes pour m’exprimer, je peux utiliser Internet!), en la matière, il est incontournable.

« Il est plus difficile de se faire une image exacte des choses humaines que des choses divines. » Platon, « Cristias » dans les Oeuvres Complètes, Ed. Bibliothèque de La Pléiade

« Il y eut entre les Dieux, vous le savez, un partage par région de la terre tout entière /…/. Une fois qu’ils s’étaient établis dans leurs régions respectives, pareils à des pasteurs à l’égard de leurs troupeaux, ils étaient des nourrisseurs pour nous qui sommes leur propriété et leur bétail. »

Et, dans le mythe de l’Age d’Or…: « Une tradition s’est conservée jusqu’à nous /…/. Cronos, se rendant compte, à ce qu’on rapporte, qu’aucun naturel humain n’est apte, quand il est investi d’un pouvoir personnel absolu, à administrer en totalité les affaires qui sont du ressort de l’homme /…/, Cronos, donc, /…/ mit à la tête de nos Cités, en qualités de rois et de chefs, non point des hommes mais des êtres d’un genre divin et meilleur, des Démons /…/ ». Platon, « Les Lois ».

Il faut dire que chez les Grecs le mot « démon » n’est pas toujours péjoratif. Il représente aussi une espèce d’êtres vivants, incorporés, non-humains et, éventuellement, « supérieure à la nôtre ».

Comme du temps de Platon, les tibétains jusqu’à nos jours avec le Dalaï-Lama, ont continué de vouloir un dieu comme chef de leur pays, un démon à la tête de l’État.

L’humanité actuelle a oublié qu’autrefois elle savait n’être pas si monolithique que ça, qu’elle était en fait constituée de diverses sortes d’êtres, certains fils et filles de Zeus -ou, si vous préférez, fils de Dieu, fils du Père, relevant à moitié de la Terre, à moitié du Ciel-, certains Héros (comme leurs vies concentrées en légendes en témoignaient) ou simples fils de mortels tout court. Nous ne savons plus faire la liaison entre Notre-Dame de Paris, par exemple, et le Parthénon, temples élevés, l’un à la gloire de la Vierge Marie, l’autre à celui de la Vierge Athéna, Athéna Parthénos.

Les cieux des dieux étaient peut-être plus « bas » que maintenant, plus prégniants, il y avait peut-être plus de gens comme moi, capables de s’en rendre compte mais, en fait, il semblerait que la structure de l’être n’ait pas tellement changé et que l’on retrouve toujours habitées les trois sphères du Séjour des Morts, du Vivant sur Terre et des Dieux en contact avec nous, imbriqués, impliqués dans les oeuvres de la Cité.

Depuis deux mille cinq cents ans, cela n’a pas changé. Les dieux continuent d’embraser les foules.

« Dieu Ciel », « Divin Père » nous dit Platon et, semble-t-il, le Christ à sa suite.

De même, l’on ne comprend rien au Bouddhisme si l’on ne le replace pas dans la culture de son époque. Lorsque Platon nous dit, dans « Les Lois », que l’âme est à l’origine de la génération de toutes choses, que nous participons à la Divinité grâce à elle, cela explique, sur cette question, la répulsion horrifiée du bouddhisme devant la souffrance de cette création, justement et son obstination à tout rejeter.

« Pour les Dieux, en vérité, tout ce qu’il y a d’êtres animés mortels, constitue, disons-nous, de même que justement le monde entier, une propriété. » « Les Lois », Platon

Voyons l’avis d’un contemporain et son résumé de l’Hindouïsme:

« L’atman, par rapport à notre moi humain, correspond à notre « régent interne », l’âme. Il s’expanse, tous désirs et tout mal éteints jusqu’au Soi tout court, le Brahman où l’on atteint l’unité avec toutes choses. Le samsara, ou transmigration de l’âme, lui, permet d’évoluer vers cet Absolu. Les défunts empruntent la VOIE DES DIEUX d’où l’on ne revient pas, car elle se termine en Brahman ou ( pour le commun des mortels), la VOIE DES PÈRES qui s’achève par un retour sur terre. »

« Comment la philosophie indienne s’est-elle développée? La querelle entre brahmanes-bouddhistes » Ed. Panama. Collection Cyclo de Michel Hulin

Bouddhisme

Les Grecs considèrent que l’âme est antérieure à tout, dont nos corps. Notre âme appartient à l’origine du monde et a transmigrée depuis de corps en corps. Il n’est pas impossible que le projet du Bouddhisme se soit de nous faire sortir de ces origines même, de cette âme, tissu du monde, assise du désir et du devenir. Peut-être a-t-on perdu les finesses de l’enseignement du Bouddha. A part quelques textes essentiels, l’on a retenu, comme pour les autres traditions, ce qu’il y a de moins intéressant. Le Bouddha n’a certainement pas dit: « Il n’y a pas d’âme » (pas de Soi = Atman, âme) pour réfuter les théologiens de son époque, les Védas, le Védanta puis, plus tardivement, pour l’enseignement de ses disciples, les Upanishads. Quand à son silence sur Dieu, il suffit de lire certains soutras pour retrouver le mot Brahma (en sanscrit, Dieu, sous la forme du Créateur personnel), dont, non seulement l’existence n’est pas remise en cause mais où il est conseillé aux moines et à tous de « vivre la vie selon Dieu », c’est-à-dire orientée vers le bien, pour aller au paradis. Comme partout et ce n’est pas cela qui fait la spécificité du Bouddhisme.

Le Bouddha devait enseigner, car il semble que ce soit la réalité, que, s’il y a bien une âme dans l’être humain, dans les animaux, dans l’être vivant, cette âme n’était pas forcément perrenne, immortelle sous sa forme identifiable de « c’est mon âme », « elle me ressemble », « elle est humaine et le restera définitivement », que ce n’était pas ce qui sauve de la réincarnation, de la ronde infernale dans l’enfermement sur Terre Il y a bien une âme dans le corps humain, dépendante, semble-t-il, de la racine de notre être, la Terre (et la terre), qui relie aussi à l’Ame du monde. A Dieu? Et c’est ce qui ne délivre pas.

Relisez Platon. Relisez sa description du monde des dieux, à quoi sont vouées nos âmes, au mieux, si elles évoluent vers le bien dans le cadre de cette illusion-là. Retrouvez avec les grecs la connaissance que nous avons toujours eu de nos descentes dans l’Hadès pour y séjourner avant de transmigrer dans un nouveau corps. Le monde de l’âme est toujours ce qu’il y a de plus florissant sur Terre. Voyez l’Église: partout des messes vous tendent les bras, toutes prêtes à attirer vos âmes, justement, comme on attrape un poisson avec un hameçon, à les enchaîner dans l’univers subtil d’un au-delà dont on ne revient pas et qui ne constituera jamais qu’une nouvelle prison dans un autre type de corps, plus ou moins incarné.

Les dieux et leur cortège de souffrances semblent avoir été chassés par le christianisme… De mon point de vue, l’Antiquité et les êtres subtils qui relèvent de ses cultes ont continués d’exister probablement partout dans le monde, seulement, c’est en Inde que l’on n’éprouve pas de honte à décrire en détails les devenirs et les aventures de l’être, humain compris, dans cette confrontation. A notre époque, cela ne devient crédible et honorable qu’en en passant par là.

Nous préférons affirmer que cela n’existe plus, que ce n’était que de l’imaginaire et que, de toute façon, le monothéisme, aidé par la modernité, a effacé les derniers lambeaux de ce qui pouvait encore subsister. Je pense, moi, -c’est mon expérience du mariage sacré-, que jamais les dieux n’ont été si puissants, jamais leurs temples aussi bien remplis et que nous en avons régulièrement un des meilleurs exemples sous nos yeux lorsque le Successeur de Saint Pierre reçoit le Dalaï-Lama au Vatican, à grand renfort de media et de technologies modernes. Un « dieu-vivant » tibétain auquel s’ouvre l’Acropole éternelle d’une Rome qui n’a pas changée. « Les dieux sont vainqueurs »!

Le Dalaï-Lama, ou la révélation de l’Hadès, du Séjour des Morts, à notre époque même… D’après mon vécu personnel (et, heureusement, à défaut de Delphes pour m’exprimer, je peux utiliser Internet!), en la matière, il est incontournable.

« Il est plus difficile de se faire une image exacte des choses humaines que des choses divines. »

Platon, « Cristias » dans les Oeuvres Complètes, Ed. Bibliothèque de La Pléiade

« Il y eut entre les Dieux, vous le savez, un partage par région de la terre tout entière /…/. Une fois qu’ils s’étaient établis dans leurs régions respectives, pareils à des pasteurs à l’égard de leurs troupeaux, ils étaient des nourrisseurs pour nous qui sommes leur propriété et leur bétail. »

Et, dans le mythe de l’Age d’Or…: « Une tradition s’est conservée jusqu’à nous /…/. Cronos, se rendant compte, à ce qu’on rapporte, qu’aucun naturel humain n’est apte, quand il est investi d’un pouvoir personnel absolu, à administrer en totalité les affaires qui sont du ressort de l’homme /…/, Cronos, donc, /…/ mit à la tête de nos Cités, en qualités de rois et de chefs, non point des hommes mais des êtres d’un genre divin et meilleur, des Démons /…/ ». Platon, « Les Lois ».

Il faut dire que chez les Grecs le mot « démon » n’est pas toujours péjoratif. Il représente aussi une espèce d’êtres vivants, incorporés, non-humains et, éventuellement, « supérieure à la nôtre ».

Comme du temps de Platon, les tibétains jusqu’à nos jours avec le Dalaï-Lama, ont continué de vouloir un dieu comme chef de leur pays, un démon à la tête de l’État.

L’humanité actuelle a oublié qu’autrefois elle savait n’être pas si monolithique que ça, qu’elle était en fait constituée de diverses sortes d’êtres, certains fils et filles de Zeus -ou, si vous préférez, fils de Dieu, fils du Père, relevant à moitié de la Terre, à moitié du Ciel-, certains Héros (comme leurs vies concentrées en légendes en témoignaient) ou simples fils de mortels tout court. Nous ne savons plus faire la liaison entre Notre-Dame de Paris, par exemple, et le Parthénon, temples élevés, l’un à la gloire de la Vierge Marie, l’autre à celui de la Vierge Athéna, Athéna Parthénos.

Les cieux des dieux étaient peut-être plus « bas » que maintenant, plus prégniants, il y avait peut-être plus de gens comme moi, capables de s’en rendre compte mais, en fait, il semblerait que la structure de l’être n’ait pas tellement changé et que l’on retrouve toujours habitées les trois sphères du Séjour des Morts, du Vivant sur Terre et des Dieux en contact avec nous, imbriqués, impliqués dans les oeuvres de la Cité.

Depuis deux mille cinq cents ans, cela n’a pas changé. Les dieux continuent d’embraser les foules.

« Dieu Ciel », « Divin Père » nous dit Platon et, semble-t-il, le Christ à sa suite.

De même, l’on ne comprend rien au Bouddhisme si l’on ne le replace pas dans la culture de son époque. Lorsque Platon nous dit, dans « Les Lois », que l’âme est à l’origine de la génération de toutes choses, que nous participons à la Divinité grâce à elle, cela explique, sur cette question, la répulsion horrifiée du bouddhisme devant la souffrance de cette création, justement et son obstination à tout rejeter.

« Pour les Dieux, en vérité, tout ce qu’il y a d’êtres animés mortels, constitue, disons-nous, de même que justement le monde entier, une propriété. »

« Les Lois », Platon

Voyons l’avis d’un contemporain et son résumé de l’Hindouïsme:

« L’atman, par rapport à notre moi humain, correspond à notre « régent interne », l’âme. Il s’expanse, tous désirs et tout mal éteints jusqu’au Soi tout court, le Brahman où l’on atteint l’unité avec toutes choses. Le samsara, ou transmigration de l’âme, lui, permet d’évoluer vers cet Absolu. Les défunts empruntent la VOIE DES DIEUX d’où l’on ne revient pas, car elle se termine en Brahman ou ( pour le commun des mortels), la VOIE DES PÈRES qui s’achève par un retour sur terre. »

« Comment la philosophie indienne s’est-elle développée? La querelle entre brahmanes-bouddhistes » Ed. Panama. Collection Cyclo de Michel Hulin

Les Grecs considèrent que l’âme est antérieure à tout, dont nos corps. Notre âme appartient à l’origine du monde et a transmigrée depuis de corps en corps. Il n’est pas impossible que le projet du Bouddhisme se soit de nous faire sortir de ces origines même, de cette âme, tissu du monde, assise du désir et du devenir. Peut-être a-t-on perdu les finesses de l’enseignement du Bouddha. A part quelques textes essentiels, l’on a retenu, comme pour les autres traditions, ce qu’il y a de moins intéressant. Le Bouddha n’a certainement pas dit: « Il n’y a pas d’âme » (pas de Soi = Atman, âme) pour réfuter les théologiens de son époque, les Védas, le Védanta puis, plus tardivement, pour l’enseignement de ses disciples, les Upanishads. Quand à son silence sur Dieu, il suffit de lire certains soutras pour retrouver le mot Brahma (en sanscrit, Dieu, sous la forme du Créateur personnel), dont, non seulement l’existence n’est pas remise en cause mais où il est conseillé aux moines et à tous de « vivre la vie selon Dieu », c’est-à-dire orientée vers le bien, pour aller au paradis. Comme partout et ce n’est pas cela qui fait la spécificité du Bouddhisme.

Le Bouddha devait enseigner, car il semble que ce soit la réalité, que, s’il y a bien une âme dans l’être humain, dans les animaux, dans l’être vivant, cette âme n’était pas forcément pérenne, immortelle sous sa forme identifiable de « c’est mon âme », « elle me ressemble », « elle est humaine et le restera définitivement », que ce n’était pas ce qui sauve de la réincarnation, de la ronde infernale dans l’enfermement sur Terre Il y a bien une âme dans le corps humain, dépendante, semble-t-il, de la racine de notre être, la Terre (et la terre), qui relie aussi à l’Ame du monde. A Dieu? Et c’est ce qui ne délivre pas.

Relisez Platon. Relisez sa description du monde des dieux, à quoi sont vouées nos âmes, au mieux, si elles évoluent vers le bien dans le cadre de cette illusion-là. Retrouvez avec les grecs la connaissance que nous avons toujours eu de nos descentes dans l’Hadès pour y séjourner avant de transmigrer dans un nouveau corps. Le monde de l’âme est toujours ce qu’il y a de plus florissant sur Terre. Voyez l’Église: partout des messes vous tendent les bras, toutes prêtes à attirer vos âmes, justement, comme on attrape un poisson avec un hameçon, à les enchaîner dans l’univers subtil d’un au-delà dont on ne revient pas et qui ne constituera jamais qu’une nouvelle prison dans un autre type de corps, plus ou moins incarné.

Le Bouddha prenant la terre à témoin

« Il prit la terre à témoin ». Les bouddhistes tiennent absolument à cette expression au moment de l’Illumination du Bouddha.

Pourquoi « prendre la terre à témoin »? Quelle drôle d’idée! Est-ce bien sûr, d’ailleurs? Dans quel but? Et à témoin de quoi? De son « Éveil », paraît-il. Cette attitude se retrouve en Grèce où l’on invoquait les dieux souterrains de cette manière. L’on savait que là étaient les Enfers. On la décrit, pour le Bouddha, comme le geste suprêmement vainqueur de celui qui sait qu’il ne retournera plus jamais là. Il existe un courant énergétique au-dessus, porteur du bien et de la délivrance. Cela ne peut plus être que le geste souverain d’un être pour qui le Séjour des Morts n’existe plus et, avec le Bouddha, nous continuons « d’entrer dans ce courant ». Je le sais. je l’ai vécu.

La figure du Bouddha est chargée de symboles signifiants. D’emblée, l’on appela sa mère « Maya » (ou la « Grande Illusion », si vous préférez!). Son nom de famille « Gautama » (« Le meilleur des bovidés »… quel repas!) ne respire pas spécialement la spiritualité. Heureusement, son prénom, ce qui lui est propre, Siddhârta (« Celui qui atteint son but ») était d’une heureuse augure pour l’avenir et il aboutira aux qualificatifs merveilleux qu’inspirera à l’humanité sa libération.

Le Bouddhisme, cela a toujours été: non, non, surtout pas de Soi, pas d’atman, pas d’âme. Ne vous attachez pas à votre âme, à votre corps, aux objets de ce monde. Surtout pas le monde de l’âme pour se sauver, car au-delà de ce monde-là, au-delà de Dieu et de mon âme, se trouve peut-être, enfin, la délivrance réelle de la grande mystification des dieux. Pour rendre justice à Platon, l’on trouve dans plus d’un texte la nécessité d’aller au-delà de ces paradis où tentent de s’envoler nos pauvres âmes aux ailes plus ou moins tachées, pour ne plus chuter dans la souffrance. Quant aux « Terres Pures », ces merveilleuses représentations du paradis dans le Bouddhisme, elles sont bien expliquées comme de simples lieux d’attente où les âmes, meilleures que celles qui choient dans les enfers, n’en aboutiront pas moins à une dernière réincarnation, faute d’avoir su se détacher totalement du monde du désir. Les paradis ne sont pas la délivrance totale.

Mon âme, je la connais un peu. La mienne, enfermée dans mon corps et toute ravie d’y être. Elle est joyeuse et rien ne semble l’atteindre. Sa forme est celle d’un bébé la plupart du temps. Il arrive aussi qu’elle aille jusqu’au statut de jeune-femme, surtout à l’époque où je faisais l’amour avec les dieux, où je vivais ce mariage mystique, cette hiérogamie (Hiéros Gamos: mariage sacré, en grec; union sacrée à caractère sexuel entre deux divinités ou entre un dieu et une femme) avec le Dalaï-Lama. Elle aime manger et se sent très concernée par tous mes repas. J’entends parfois sa petite voix qui est très jolie. Elle adore aider les êtres et y met beaucoup d’enthousiasme; elle a aussi un gros défaut, sur lequel je reviendrai un jour: elle ne semble pas vraiment détachée de ses ancêtres alors que cela ne me concerne plus du tout. Si je sais que ma vie, porteuse de ce que j’ai été, continuera après ma mort, rien ne me garantit que c’est avec elle que je pourrai continuer à progresser.

Ames enfermées dans la pierre, dans la chair, dans la matière du monde. « Tu es pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon église et les portes de l’Hadès ne prévaudront pas contre elle. » Delphes périclitait, les cieux s’étaient assombris pour Zeus lui-même, comme l’attestent bien des textes d’alors. Surgit Jésus de Nazareth. Combat gigantesque du plus grand des dieux qui sut tout rafler, du Temple de Jérusalem aux derniers flamboiements grecs.

Et c’est là que nous retrouvons la Pomme. N’a pas cessé, dans l’humanité, l’action de grâce, suppliante et émerveillée, exténuée, vers l’être impitoyable qui ne nous a voulu qu’esclaves. Sans cesse nous avons saisi, de nos labeurs, de l’essentiel de nos vies, ce pauvre pain, ces pitoyables viandes, les vins de la joie enivrante, pour les tendre, ces nourritures qui seules assurent nos paix, vers l’amour qu’ont espérait, vers cet au-delà que l’on sentait, terriens que nous sommes et terrien qu’il est. Et sans cesse, bon prince, il profita de notre présence, jouit de notre travail et maintint notre ignorance. Ce Dieu-là n’aime pas nos connaissances et qu’on le voit tel qu’il est.

Christianisme

« Tu pourras manger de tout arbre du jardin /…/, mais du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, /…/ vous n’en mangerez pas et vous n’y toucherez pas afin de ne pas mourir. /…/ Le Serpent dit à la femme:  » /…/ Dieu sait que le jour où vous en mangerez, /…/ vous serez comme des dieux possédant la connaissance de ce qui est bon ou mauvais ». /…/ La femme /…/ prit un fruit dont elle mangea, elle en donna aussi à son mari /…/ et ils surent qu’ils étaient nus. /…/ Le Seigneur Dieu dit au Serpent: « Parce que tu as fait cela, /…/ Je mettrai l’hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance. Celle-ci te meurtrira à la tête et toi, tu la meurtriras au talon. »

Il dit à la femme: « /…/ Ton désir te poussera vers ton homme /…/. »

Il dit à Adam: « /…/ A la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retournes au sol car c’est de lui que tu as été pris. Oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras. »

La Bible, Genèse 2-3, Ed. Tob, Le Cerf, 2004

Adam et Ève

Nous retrouvons la Pomme… et le Serpent. Omniprésent dans les temples de la Méditerranée, il représente la Déesse-Mère, Déesse chtonienne par excellence. La Pomme, pour sa part, était consacrée à Vénus. Sous nos yeux se déroule le cycle perpétuel de la mort et de la naissance dont profitent, dont sont parties intégrantes, les dieux.

L’Arbre de Vie, cela pourrait bien être, dans la Genèse, l’allusion maladroite à un type d’énergie propre à Dieu lui-même lorsqu’il se manifeste dans le créé. Énergie transperçant la terre de part en part, de haut en bas, lui assurant continuité et cohésion matérielle en cette gravitation qui sans cesse nous plaque vers le sol et nous conduit sans merci, puisque nous sommes incarnés, à travers la vie, vers la destruction. Nous faisons partie d’une vie qui ne peut pas ne pas consommer sa destruction pour assurer sa persistance!

La Pomme, toute nourriture, pénètre après notre chair en notre âme et nous enchaîne à la Terre d’où surgit le vivant, enferre ce qui reste de nos personnes à la pierre où nous attendons de renaître, attirés par le désir-plaisir qui étincelle de la rencontre entre un homme et une femme, qui eux-mêmes consommeront la Pomme, dont le bébé consommera la Pomme, etc…, etc…

L’on peut très bien imaginer les dieux dans l’invisible, appréciant (dépendant de ?) l’effluve subtile de nos nourritures terrestres et enchaînés aussi bien que nous à la même nécessité.

« Tu es pierre… » pour commencer et pour terminer, -par un repas, bien sûr-, « … et Satan entra en eux ». L’Église de Jésus de Nazareth était née. L’Eucharistie reproduit indéniablement quelque chose des Mystères d’Éleusis mais iI n’est plus question de sacrifier des vierges ou de faire couler le sang des taureaux sur les autels, plus question de prostitution sacrée, d’inceste, de violence, d’homosexualité. Les chrétiens ont apporté une structure morale au milieu de croyances en pleine décadence que l’évolution de la conscience supportait de moins en moins. La Pomme est bien là, avec Satan, dans l’épi de blé et la vigne, dans le Pain et le Vin consacrés.

La Sainte Cène

« J’ai faim », « J’ai soif », « Je suis l’Agneau de Dieu ». Le christianisme n’a pas simplement repris les thèmes de l’Antiquité greco-romaine en les réactualisant. Il n’a pas pu faire autrement que faire la même chose, sinon il n’aurait pas existé.

J’ai entendu, moi, les voix des esprits appeler « Maman » du fond du Séjour des Morts et chercher partout la possibilité de retrouver un corps, de retrouver le souvenir d’une Eucharistie enfermée dans son Tabernacle, alors que c’est dans la volonté de Dieu, dans sa nature probablement, qu’elle se déplace et se diffuse là où se mange et se boit n’importe quel repas.

Après l’ouverture de mes canaux spirituels, j’ai voulu explorer le Christianisme. Pendant une dizaine d’années, j’ai fait des retraites dans un Carmel, chez les Petites Sœurs de Bethléem, chez les Clarisses, chez les Cisterciens de l’Abbaye de Lérins. Je ne me suis pas contentée de ma paroisse, j’allais régulièrement chez les Dominicains de Nice ou dans un des Foyers de Charité de Marthe Robin. J’ai repris contact avec l’Église Orthodoxe, j’ai été prier chez les Protestants. Partout le résultat fût le même. L’Époux, -car Jésus fait l’amour vraiment avec l’âme-, me ramenait invariablement à la Femme générique en tant que servante du vivant, à la Mère Universelle dans son ensemble. Chaque Eucharistie et, finalement, chaque bouchée et chaque gorgée tout court sont synchronisées sur le terrain avec le monde de la femme enceinte et les bébés. Dans la foudre qui claquait à Paray-le-Monial, j’entendis sa voix jeune, au timbre distingué, me dire distinctement: « C’est moi le Maître ». « Fleur » m’appelait-il en ce temps-là et il est vrai que, parfois, les chakras s’épanouissent en l’éclosion éphémère de fleurs subtiles, spontanément.

Les chakras sont des fleurs qui s’ouvrent et vous déracinent de la terre. C’est la fleur coupée qui fait sourire Maudgalyayana quand le Bouddha la lui tend. Fleur coupée de son bulbe terrien, chakra céleste détaché de la roue infernale des mondes souterrains et, en effet, aujourd’hui comme alors, bien peu comprennent cela.

Jésus… ou Zeus en personne, qui aimait aussi s’exprimer dans l’éclat du tonnerre. Zeus, les mains pleines d’épis et de grappes, régnant des Enfers jusqu’aux Cieux. On lui donnait les mêmes épithètes de Très-Haut, de Tout-Puissant, de Sauveur, Protecteur de la famille, de la Cité et de l’État.

Le Christ, comme Zeus, tient en main le sceptre de la Victoire, la Foudre du Ciel.

Je suis consciente des arguments que l’on peut m’opposer, dont certains très convaincants, sur ce Jésus fils de l’Homme et fils de Dieu, pleinement homme et pleinement Dieu, comme certains héros de l’Antiquité. Moi aussi, j’ai lu les Pères de l’Église. Il serait trop long d’entrer ici dans les détails. Aussi séduisant, apparemment, que soit son Royaume, j’ai choisi une voie différente. Je sais que lorsque tout s’expanse, tout est peu à peu révélé et que s’il n’y a plus de lutte que contre le mal que l’on porte encore en soi, alors, il n’y a plus que des amis.

Le Bouddha Shakyamouni

« Ceux qui s’attachent à leurs désirs devront, encore et encore, renaître et mourir, par le monde enchaînés ».
Dhammapada
(Les Paroles du Bouddha)