Initiation

L’Esprit-Saint

Rideau de scène

Toulouse, 6 Novembre 1974
Nous avons répété au Palais des Sports de dix heures à dix-huit heures. Ça commence à venir… Un extrait de « Carmina Burana » a été filmé pour la télévision en fin d’après-midi, quand nous étions tous crevés.
Je n’ai besoin de rien et tout me manque. Je ne crois au bonheur qu’avec l’amour. La seule vie est celle que l’on porte en soi. Le reste n’est que faculté d’adaptation!

21 Octobre 1977
Entre les « Danses Polovtsiennes », la « Belle au Bois Dormant » et les répétitions du « Pays du Sourire », j’y perd mes muscles et mes esprits. Soif immense de lire, d’apprendre, de comprendre… mais de moins en moins de danser. Je n’arrive pas à me convaincre de la nécessité de travailler d’avantage. Aurais-je vraiment perdu le feu sacré, si tant est que je l’ai jamais possédé? J’ai toujours su que je ne danserais pas toute ma vie active mais je ne pensais pas que le dégoût viendrait si vite. Cette quatrième saison au Théâtre du Capitole est une saison de trop. Assez de ce métier et de cette vie de fou! Perspective de l’entraînement matinal sans passion, de ces terribles retours d’après spectacle, de ces heures creuses de trompeuses relations humaines quand on est vidé de soi-même et empli de la dérision de sa vie. Je voudrais retrouver le rythme des saisons, la lenteur des crépuscules, les réveils au petit matin, gais et pleins d’appétits… Réapprendre la douceur de vivre…
Ces heures terribles de doute et de désespérance… La sensation, bouleversante dans son acuité, de sa propre fragilité, de son ignorance, de cette corde raide où oscille un tremblant équilibre… Redouter plus que tout le repliement sur soi-même… Accepter, digérer, pour mieux la rejeter cette auto-destruction qui consume nos meilleures bonnes volontés. A Paris, tout serait neuf à créer, mon métier, et puis B…
Et puis, me guérirai-je jamais de Dieu? Il me faudra bien un jour me résoudre à ma foi! J’espère toujours avoir le temps… Je fais sourdement confiance… Seigneur, je ne suis pas prête pour mourir, laissez-moi encore un peu vivre n’importe comment, pour aimer un jour d’avantage vivre avec vous!
Les chutes ne servent qu’à se relever.

Paris, 1979
Aujourd’hui, le ciel est au beau fixe sur Paris, irradié de sa luminosité d’automne. Soirée passionnante chez Catherine, tout va bien avec B., bref! la vie est belle! Surtout n’y pas penser! Si Dieu n’existe pas, que m’importe le néant? Ne plus rien savoir, ne plus rien chercher, enfin. Si Dieu existe, comment ne comprendra-t-il pas?
Il y a en moi comme la perception d’une fatalité décidée (où, par qui?), fatalité de rupture – dans tous les chemins de ma vie – qui tend à me mener à un essentiel, qui me porte loin, dans un avenir encore imperceptible, vers une essence de vérité, comme une flamme qui soudain inondera de lumière ce tunnel absurde où je me débats depuis tant d’années. Cette flamme, il me faut y croire, non comme un « mieux-être » à atteindre, mais comme la justification de tout ce que j’ai traversé. Croire que tout avait un sens, que la souffrance n’était pas vaine et que, dans mon ignorance, j’étais tirée, coûte que coûte, vers une promesse de vie, de vérité, un jour enfin révélée.
Vivre, mon Dieu, vivre! Assez de cette coquille!

Nice, 26 Octobre 1983
Je viens de réaliser une chose effrayante: je ne suis pas là! Cela fait des années que je ne vis pas en moi! Peut-être depuis toujours… Fichtre!!! En une seconde, je viens de voir, de voir vraiment, pour la première fois, les choses, là, qui m’entourent, les murs, les meubles… Il n’y avait plus aucun phantasme, plus de voile, d’illusions, d’imagination, de faux rêves, de fausses émotions, de fausse existence! Incroyable, miraculeuse lucidité!
Mon Dieu, mon Dieu, il faut absolument que je garde ça, cette acuité, cette vérité du regard, cette sensation merveilleuse d’oxygène, de clarté dans ma tête, dans toutes les fibres de mon être! Fini, fini de vivre par mensonges interposés, il n’y a plus ni décors, ni coulisses! Je suis là, moi, moi et les choses ensemble.
Plus d’inventions pour m’empêcher de voir, d’être. Extraordinaire sensation de se sentir enfin vivre, au présent. Au présent, je viens de comprendre ce que cela veut dire!
Comme je vais aimer la vie maintenant que je l’habite en m’habitant! Je ne suis plus cette locataire fantôme, transparente, d’un corps sans consistance, embrumée de trompeuses images. je viens de trouver mon assise, mon espace, mon souffle. Ma main est posée sur le papier et je la sens vraiment le toucher. Il n’ y a plus de prisme déformant, plus de mirages, plus rien que la réalité, mais toute la réalité et je comprends alors l’amour de tout ce qui existe! Comment ai-je pu vivre (si l’on peut appeler ça vivre!) dans un tel brouillard! Et par quel miracle en suis-je délivrée? Oh! je sens bien que ce n’est pas acquis. Qu’il me faudra lutter pour me garder, garder les choses, que ce sera une vigilance de chaque seconde, mais c’est qu’enfin je vais vivre à chaque seconde! Moi et personne d’autre!

18 Décembre
M’ouvrir, m’ouvrir…
Mon Dieu, ouvrez-moi!
Tirez mon regard loin devant moi, enfin jusques à vous, tournez mes mains tendues vers ce souffle qui rayonne, qu’enfin il entre dans ma chair. Tirez, tirez mon âme qui appelle de sa prison de sourde écoute et de folles prunelles, ployez enfin mes genoux dans l’abandon à votre amour dont mes lèvres souriront.
Mon Dieu, mon Dieu, ne me privez pas de vous, du bonheur de ma vie, que si faiblement j’entrevois et qui ne dépend que de vous.

1984
Se méfier de l’orgueil des savoirs limités…
C’est comme si j’étais le calque de mon original et que le calque soit décalé… Il y a du jeu dans ma vie, il y a du jeu dans ma tête. Un jour, au cours de ma route, j’ai dû perdre la boussole et avec elle, ce regard tendu qui sait désirer loin et ne doute pas de crier enfin : « Terre! ».
Pourtant, des portes s’ouvrent, dont j’ignore encore le paysage qu’elles voilaient…

Église de Saint Julien le Pauvre à Paris

Nice, 5 Novembre 1984
Vingt-huit ans. Les mots manquent encore à ma plume qui livreraient les bouleversements que j’éprouve. Tout cela est si profond, si fragile encore, tremblant de s’éteindre et brûlant pourtant d’espérance. Je ne peux que supplier : « Je crois, Seigneur, aide-moi dans mon incrédulité. » (Mc.9,24).

11 Novembre
Que tout est parfois incertain et que souvent tu me sembles loin, Seigneur! Mais je sais bien qu’il ne s’agit plutôt que de mon âme qui s’éloigne, qui s’embourbe dans la grisaille douloureuse du quotidien, qui se noie dans la futilité ambiante, mon âme qui m’échappe, à moins que ce ne soit moi qui échappe au désir de mon âme… Les habitudes ne se délogent pas si facilement, même celles que l’on exècre, qui vous insupportent. Ainsi suis-je si faible, Seigneur, que des années d’obscurité, tout simplement, voilent ta présence, étouffent mon espérance de toi. Encore une fois et toujours, je ne peux que te prier :  » Aide-moi, Seigneur Jésus, sans toi je ne peux rien. »
Si tu n’existais pas, que m’importerait de mourir? Et même que m’importerait de vivre si la Terre n’était que cette horreur et ce chaos, si nous n’étions que nous, si je n’étais que ça? Mais Seigneur, tu es là et tu m’entends, alors je ne peux supporter une seconde de plus la pensée de passer sans te connaître, de vivre sans t’aimer. Saisis-moi, Seigneur Jésus-Christ, prends-moi et garde-moi! J’ai tant de mal à être pour toi, tant de mal à réaliser la merveille de ta présence. Seigneur, je ne peux rien sans toi, je me sens lourde et triste et stupide et mauvaise. Arrache-moi de moi, pour toujours en toi!

27 Novembre
Il n’y a plus de bonheur possible pour moi dans ce monde. Aussi loin que je cherche, ces désirs-là ce sont tus. J’ai fait, à cet âge, le tour de l’amour, de l’ambition, des enthousiasmes terrestres. Il ne me reste plus qu’une lucidité froide et fatiguée sur tout le petit jeu humain. Mais je ne veux pas croire en Dieu comme en une porte de sortie! Je ne veux pas même croire pour me sauver. Je veux croire en croyant que tout est vrai. Le désespoir ne me gêne pas beaucoup, on s’y habitue très bien. Il est presque, au fond, plus confortable que le désir et l’optimisme qui supposent une tension perpétuelle vers l’avenir. Mais si l’avenir n’a pas de sens et ne peut donc être souhaitable, il devient très simple de se laisser porter par la platitude du quotidien, aussi absurde soit-il! La foi seule peut tout changer, renverser, décaper. Plus de passé ni d’avenir mais un présent éternellement fondu dans ton amour, Seigneur.  Plus de désirs, de calculs, de projets, mais le mouvement fluide de la vie qui chante en Jésus-Christ.
Je veux être ta vibration immobile, ton oui perpétuel, perdre même le sens du « je veux » et ne plus vivre que d’un « amen ». Montre-moi seulement le chemin, Seigneur, tout est noir autour de moi, qui n’entends plus ta voix.

14 Décembre
J’ai peur. Au fond, ce n’est que de la peur… Celle de ce fameux « saut dans l’inconnu »… Je sens que je ne peux plus continuer à chercher et prier dans la solitude, j’ai besoin de rencontrer des gens qui sont passés par les mêmes difficultés, besoin de conseils, d’un dialogue. Il faut s’engager… (« Pourquoi ne faites-vous pas ce que je dis? »).
Pourquoi l’Orthodoxie? Est-ce, inconsciemment, mon amour de la littérature, de la musique russe, mon intérêt politique pour ce pays? Est-ce parce que je pressens que cette Église, la plus fidèle à la tradition apostolique, est aussi celle qui est le plus confrontée à la barbarie du siècle présent et donc le lieu crucial, le symbole vivant de la partie qui se joue entre le bien et le mal? Et puis, il y a eu les signes… Ma première rencontre, il y a quelques années, avec un peintre d’icônes et notre discussion théologique (de mon côté purement intellectuelle et polémique) dont je n’ai pu m’empêcher de me souvenir de loin en loin, comme un letmotiv. De passage à Paris, fin Août, ce besoin soudain d’entrer dans les églises – moi, l’anti-cléricaliste qui détestait la « mise en scène » catholique! -, mais avec cette frustration, justement, dans les églises romaines et mon attirance pour celle, orientale, de Saint Julien le Pauvre. Le regard d’un jeune prêtre, rayonnant d’amour, qui m’intimidait terriblement tandis que j’achetais une petite brochure. L’article du Père Placide, sur le filioque, qui me bouleversa tant. Se dire à chaque page, comme plus tard en lisant « L’Orthodoxie » de Paul Evdokimov : « Mais oui, c’est cela! C’est ça, la vérité! C’est ça, l’Église! ». Je marchais dans Paris en le serrant contre moi comme si j’avais découvert un trésor.
Rentrée dans ma minuscule chambre d’hôtel de la rue des Canettes, cette envie de prier, de prier cet hypothétique Dieu inconnu qui n’avait déjà plus le visage quadrillé de mon catéchisme d’enfance.
Cet appel, ce point d’interrogation que j’ai lancé dans le silence et, soudain, ma conscience qui se retrouvait loin au-dessus tout d’un coup, comme si j’allais voir la Terre toute petite, cette chaleur qui m’entrait dans le corps, que je sentais se répandre jusqu’au bout de mes mains, jusqu’au bout de mes pieds, cette douceur qui m’inondait corps et âme, cette présence de tendresse, cette puissance d’amour…
Mon Seigneur et mon Dieu.
La petite pièce de méditation dans Saint-Sulpice, que j’avais repérée, avec juste cette sublime icône du Christ. Ma peur autrefois d’y entrer, ces détours, ces hésitations et où, enfin, je me suis précipitée, jetée et tant pleuré.
Ce jour où je vais « visiter » la cathédrale russe, de retour à Nice, mal à l’aise au milieu des touristes, comme dans un musée. Je me dis qu’il doit y avoir d’autres églises orthodoxes dans la ville, je marche, entre, au hasard, dans une cabine téléphonique, prend un vieil annuaire : il y avait une croix, tracée à la main, devant Eglise orthodoxe grecque. Coïncidence ou patience, « diplomatie » de ce Dieu qui nous attire doucement et jalonne de grâces un chemin où l’on croit avancer en aveugle.
Il neige, il neige sur Nice la chaude, l’ensoleillée! Il neige sur la mer.
J’avais oublié, depuis Paris, l’enchantement lent des flocons blancs, la merveille silencieuse qui nous fait cadeau, en hiver, de lourds pétales fragiles. Délice de ce blanc, profond, gratuit, apaisement de la vraie beauté simple, « Lune que l’on plume… »
Je me suis promenée quelques heures, insatiable, le regard ravi par les jardins, la gaieté des enfants, même les voitures étaient belles, ce soir!
Joie. Joie. Joie.
Esprit-Saint.
Et pourtant, progresser, progresser encore, tant il est vrai que l’Esprit-Saint n’est qu’un début d’ouverture et qu’il y a tant et tant encore à découvrir.
Découvrir, explorer et, là, les antiques et authentiques traditions de l’Asie attendaient…
La Terre est ronde… et tout s’y complète, s’y emboite, reconstitué comme un puzzle. Spiritualité.

Tantrisme

Un témoignage vécu, la chronique de l’éveil de « ma » Kundalini, si tant est que l’on puisse utiliser un terme possessif en la matière!
L’expérience réelle du tantrisme, de ce qui est souvent caché au public dans le bouddhisme tibétain ou l’hindouisme, la manière dont peuvent être subies les Initiations et leurs suites, ou comment et pourquoi, une fois ce Serpent (Kundalini, en sanscrit, signifie serpent, n’est-ce pas? – en fait, une énergie impersonnelle, qui ne dépend pas de sa propre volonté) déployé jusqu’au sommet de l’Arbre de Vie (autrement dit, la colonne vertébrale), l’on à tant de difficultés à devenir, un vrai Bouddha, je n’oserais dire ça, un vrai mystique en tous cas.
Il m’arrivera parfois de parler de quelques personnes connues, cette aventure étant reliée à d’autres humains, d’autres êtres concernés par cet état. Si vous éprouvez le besoin de telle ou telle explication sur certains points, il sera possible de m’en faire part en m’ envoyant un e-mail.
Qu’est-ce donc qu’une Initiation? Un viol. Tout simplement. Qu’il s’agisse des initiations chrétiennes ou bouddhistes, toute initiation relie à l’âme et l’âme, pour monter vers le divin, fait l’amour avec son Époux spirituel, avec son Sauveur.
Alors, pourquoi un viol? Parce que rares sont ceux capables de vous l’expliquer à l’avance et de vous donner le choix conscient de vous en aller quand il est encore tant.
Encore plus rares, ceux qui vous le feront vivre vraiment.
Le Dalaï-Lama, cependant, avait d’autres raisons de cacher soigneusement ce pour quoi il se donne tant de mal. Efficace, il l’est, c’est certain. Mais dans le sens inverse de ce que l’on attend. Je peux expliquer, après l’avoir vécu, pourquoi les jeunes filles, prises dans les rets de ces envoûtements, risquent plus de finir par passer par la fenêtre que de développer une vraie spiritualité et l’on ne m’empêchera pas de le faire. Non seulement l’énergie concrète distillée par ses initiations est très difficile à maîtriser, psychiquement et musculairement, mais elle épouvante littéralement car elle ne participe pas des états mystiques habituels aux humains. L’on subi d’un coup ses intentions possessives de « gourou » polarisé sur vous alors que l’on ne pouvait imaginer, avant l’Initiation, qu’était prévu une influence d’outre-tombe et d’autre planète qui n’a rien avoir avec le bouddhisme.
Avec le temps, l’on se rend compte que le Dalaï-Lama – puisqu’en l’occurence, le Gourou, pour moi, ce fut lui – n’a rien d’un dieu ou d’un « bouddha » (!). Il a toutes les caractéristiques, sur le plan subtil, d’un être démoniaque et mensonger.

Petite chronologie:

Refuge dans le bouddhisme tibétain

1994
Je reçois le programme d’activités d’un centre tibétain. Touchée au coeur par la photo de Kalou Rimpotché. Je suis sûre qu’il est l’un des premiers morts dont j’ai ressenti la présence, alors que je gardais avec moi une photo de lui que je trouvais belle. Par la suite, l’ouverture des chakras a confirmé cette capacité spontanée et involontaire de medium.

Juin 1998
« Kundun », ce que les tibétains appellent la Présence du Dalaï-Lama, sa conscience se rendant compte qu’elle était reliée à la mienne, est entrée en moi. J’étais facilement réceptive et la lecture de quelques livres avait suffit pour qu’il se rende compte de mon existence et pour que s’établisse un contact à distance. Je prends Refuge dans un des centres agréés du bouddhisme tibétain et sens la réalité effective de cette transmission de la Lignée Kagyupa. Changement d’état de conscience pendant la cérémonie: dans mon esprit, vraiment là, était une paix stable, une intelligence plus déployée, une ouverture mentale. Sensation aussi d’un « point » au sommet de mon crâne (celui du chakra de la Couronne, comme je l’apprendrai plus tard). En fin d’enseignement, on nous parle de Kalou « que certains ne voyaient qu’en vieillard, alors qu’il brillait comme un soleil ». Soudaine détente et grande tendresse, quand le lama nous murmure le mantra de Tchenrezi. Immense désir impatient, douloureux, de recevoir sa transmission. Moi qui n’ai vécu qu’en exil sur Terre, je suis maintenant une vraie réfugiée. Les Trois Joyaux m’ont ouvert les portes de leur Royaume et j’habite désormais en territoire de Délivrance.

Septembre
Pendant la sadhana de Tchenrezi et son mantra, chakra du coeur habité par cette présence spirituelle. Il vibre fortement, largement. En Octobre, je le sentais, non seulement dans la poitrine, mais jusqu’à la surface du dos. Il chauffait tant, me traversant de part en part, que j’y ai fixé une attention inquiète, étonnée de cette intensité nouvelle et, du coup, mon manque d’abandon l’a « éteint » graduellement. Puis je suis arrivée à le réveiller presque à volonté.

Novembre
Il y a quelques semaines, en lisant « Comme un éclair déchire la nuit » du XIVème Dalaï-Lama, commentaire sur le Bodhikaryavattara de Shantidéva, soudain, nettement senti, sur mon cuir chevelu, que l’on faisait le mouvement de me raser la tête, comme par exemple, pour une ordination. Je me suis demandé pourquoi!
Étrange manifestations soudaines sans explication. Descendre vers la terre, m’ancrer dans les fondements des trois chakras de base. Là doit se porter ma vigilance quotidienne, seul moyen de calmer cette haute tension nerveuse qui me déstabilise maintenant. Je suis trop montée haut avec ferveur, je « flotte », oscille et tremble au-dessus de ce qui pourrait assoir solidement une ferme sérénité. L’un sans l’autre n’est pas efficace. Epuisant, même. A chaque tension mentale, à chaque crispation nerveuse, du corps ou de l’esprit, en être conscient et « décrocher » de ça en se laissant tomber, reposer vers le bas, dans les chakras du ventre. C’est la seule ascèse dont j’ai actuellement besoin.

Février 1999
Je dois maintenant, – tout en reprenant la méditation de shamatha et en m’engageant à fond dans le yoga de la déité (en l’occurrence, j’ai reçu les loungs de Tchenrezi, Vajradhara et Vajrasattva) – travailler à fond sur la compréhension du corps subtil : chakras, canaux, etc… Car c’est là que mes énergies spirituelles « m’attendent », si je puis dire! Tout cette poussée irrésistible vers la Connaissance… C’est comme un lotus qui peine, peine pour émerger et s’ouvrir… mais je me suis ouverte, par aveuglement, dans la vase! Pas au-dessus. Je suis restée, par incompréhension de ce que je vivais, de ce qui était en jeu réellement, embourbée tandis que je fleurissais! Mes pétales en sont encore tout tachés…

Août
Eclipse partielle de Soleil. Une ou deux heures avant, un peu de fébrilité intérieure, d’anxiété. Ma petite Amie, ma petite chatoune, agitée, un peu agressive. Puis une fraîcheur nous a effleurées pendant une heure environ, à partir de midi, à peu près. Au moment de l’éclipse, une paix douce, très sereine, une brume calme est descendue sur moi, en moi. La lumière avait légèrement blanchie dans la fraîcheur. Puis la vie est redevenue, en quelques minutes, de nouveau banale, avec le regret de n’avoir pas été au centre de ce phénomène et que cette paix, cette douce clarté de l’esprit, n’ait été qu’éphémère… « Je suis Cela ». Je suis le monde. Non pas « je » suis « dans » le monde, ou « avec », ou « à côté », ou en « face », ou « opposée » mais bien « je suis la même chose que le monde ». Cet être, cette conscience d’être que je suis, non pas « fait partie », est un des éléments du monde, mais « est » le monde même en train de se vivre et d’évoluer. Tout est moi et je suis Tout. Ainsi la conscience s’ouvre et s’éclaire dans une méditation spontanée. Que toujours je préserve ce bout d’Éveil soudain… car je suis encore une illusion qui tient à elle même! Tout ce qui peine à évoluer dans ce qui me constitue (pulsions, instincts, empreintes psychiques, etc…) s’accroche à la mascarade de ce « moi » séparé. Ce moi, en tant que séparé, n’existe que temporairement mais il faut le rassurer et l’habituer doucement à l’ouverture de l’esprit, à la Vérité.

27 Mai 2000
Initiation complète de Vajrasattva Yab-Youm par Lama Seunam à Kagyu Dzong Seunam Ling.
Je fais les Préliminaires en comptant les Prosternations, les Refuges, etc… sur mon agenda! Ces initiations agissent sur vous vraiment. Effet plutôt positif. En un éclair, je réalisais brusquement, reconnaissais et « décalais » de moi cette saisie fascinée de répulsion-attraction qui m’aliène à tout.

Initiation avec le Dalaï-Lama

11 Juillet. Reçu mon acceptation comme bénévole de l’association Golfe du Lion pour la venue de Sa Sainteté le Dalaï-Lama en Septembre!

Septembre 2000
Lodève. Lérab Gar. Le Dalaï-Lama.
Deux arcs-en-ciel.
Le vent terrifiant.
Un glacier de nuages.
Une telle puissance.
L’effroyable obscurité sauvage d’ombres qui planaient.
Mariage mystique.
Traverser les royaumes inférieurs, les pieds dans la boue, dans la terre de France.

15 Septembre
Arrivée à Montpellier. Hébergement camping à Lérab-Gar.

19 Septembre
Tornade sur la région. Des morts à Montpellier et jusqu’à Marseille. Initiation de Vajra-Kilaya à Lérab-Ling par le Dalaï-Lama.
Je n’y ai pas été mais senti le matin, du temple, l’étrange influence effrayante qui se répandait.
A côté de moi, un homme, jusqu’alors charmant, sort de ses gonds et pique une crise de colère. Une jeune femme se cache sous la table en bois de la cuisine et y reste recroquevillée.

23 Septembre
9h30: Cérémonie des Voeux de Bodhissattva.
14h30: Initiation de la Sadhana du Coeur (le Gourou-Yoga du Dalaï-Lama) de Padmasambhava et de ses Huit Manifestations.
La connexion avec lui est établie.
A la gare, sur le chemin du retour, Kundun m’accompagne, bat des cils avec moi, pense avec moi, mange mon sandwich avec moi. C’est l’assentiment de sa conscience personnelle, invisible, que, désormais, je ressens. Il se comporte comme un amant et, déjà, tout est sexuel entre nous. Je le ramène à Nice, chez moi.
Plus tard, j’écrirai un livre sur lui, « Rencontre d’un autre type ».

Un éveil

Aujourd’hui,
se souvenir,
se souvenir…
de cette étrange mort vécue et transcendée.
Éveil…


Mars 2001.
Il fait jour. Accrochée à la rambarde de la fenêtre au 2ème étage.
Ça sent le cramé à l’intérieur de moi. J’ai des coulées de brûlures dans tout le corps subtil.
La violence d’une énergie quasiment insoutenable. Tremblements, mes jambes se mettent à courir contre ma volonté, comme si l’épouvante était plus forte que la pensée. Je n’étais plus, en moi, seulement moi. Tout s’engouffrait au fur et à mesure que le canal central s’ouvrait. Je me retrouve, en pleine rue, courant de plus en plus vite et c’était comme un autre, en moi, qui courait. Ça courait…
Assise à Nice dans un café, avec l’angoisse énorme de cette odeur de brûlé et la peur que ça recommence.
Cachée toute la nuit dans les fourrés d’un jardin pour que cela ne me retrouve pas.
Terrorisée à un point indescriptible intérieurement, je réussi à rester lucide extérieurement.
J’essaye de m’habituer très vite à la différence d’être jaillie de l’éveil de la Kundalîni.
Je veux rester normale dans un monde normal et j’appelle le samu qui m’emmène à l’hôpital St Roch où je me repose quelques heures. Ils ne me trouvent rien de spécial!
J’ai affreusement peur de ce corps modifié d’un coup. il me faudra plusieurs jours pour m’y habituer. Certes, je comprends que l’ouverture des chakras a tout changé mais c’est qu’il y a autre chose aussi qui s’est collé. Qu’est-ce que ce monde horrifique et menaçant qui veut m’entraîner dans une mouvance qu’aucun être humain ordinaire ne connaît et d’où la voix du Dalaï-Lama se fait entendre maintenant?
Son acharnement à vouloir tirer mon âme et mes énergies vers le bas, à vouloir sortir mon âme du corps. Je me revois, livide, assise en lotus, par terre chez moi, l’esprit tourné vers le Bouddha, toute ma volonté tendue pour que cela reste vers le haut, pour que cela n’arrive pas, pour ne pas mourir. Et la mort ne m’a pas eue. Je suis restée dans mon corps avec les canaux subtils ouverts.
Il n’y avait plus en moi que l’atmosphère tibétaine. Épouvantée de les sentir soudain autant, je demande intérieurement à Kundun, puisque la communication télépathique était très claire :  » Ce sont des morts ou des vivants? » Il se contentait de hocher la tête, c’est-à-dire de faire bouger la mienne, sans rien vouloir expliquer.

Genève. Pour s’aérer. Pour sortir mon corps de ce champ d’attraction, de l’influence de sa voix, de l’odeur de l’encens tibétain, pour rafraîchir ces sensations de brûlure du corps subtil et retrouver l’Occident ailleurs que chez moi. Je lui disais d’arrêter, que ça me faisait trop mal mais il continuait quand même, ne voulait pas m’oublier, visiblement accroché par cette connexion inusitée, par les locutions intérieures que nous avons immédiatement échangées.
Je ressentais soudain la présence de tous ces fantômes tibétains et celle des lamas qui les invoquent et cela me paraissait impossible qu’ils soient soudain si proches, je n’y comprenais rien.
D’évidence, me sauva d’accepter la réalité du tantrisme, me sauva d’accepter que la religion soit aussi sexuelle, dans mon corps et pas seulement au niveau de la conscience désincarnée, me sauva d’être l’épouse bouddhiste du Bouddha, en-dehors du champ mortifère qui m’avait agressée.
Rentrer. Se forcer à rester à la maison. Coudre de longs rideaux à très petits points. Cela vaut bien la couture du kesa des moines zen qui le font… avant l’éveil! Coudre, pour retrouver des gestes précis des mains, pour forcer les énergies, qu’elles qu’elles soient, à s’immobiliser et à m’obéir.
Apprendre à jouer au bridge. Tous les matins, se lever à quatre heures pour compter, vite et bien, ne pas se tromper, mémoriser, jouer ensemble, avec des humains. Au printemps, j’allais à l’A.N.P.E., retrouvais du travail et participais à des tournois de la Fédération Française de Bridge.
Ne plus jamais rien pratiquer de tibétain. Ai-je raté alors la splendeur de l’Éveil total, la Délivrance immédiate? Peut-être, mais ce fut mon choix. J’ai voulu minimiser pour continuer à vivre.
Chaque parcelle du logement fut nettoyée et re-nettoyée à fond, murs et plafond, plusieurs fois. Il ne restait plus rien du pire jour de ma vie. Je pouvais enfin y souffler normalement et commencer l’aventure spirituelle de l’après éveil.
Seules, au plafond, des images, incrustées spontanément ce jour-là comme des signes inattendus sur la peinture autrefois blanche, me narguaient. Le profil d’un étrange mongol, une biche, parfaite reproduction de celles qui décorent l’entrée des temples à Lhassa et une cruche, d’eau ou de vin, je n’ai toujours pas compris pourquoi.
Je me souviens de ma voisine d’en face, toute proche, toute vieille, qui rêvait sur son balcon, comme chaque jour, que j’appelais, à laquelle je faisais signe, pendant que je me sentais crever, qui était là, comme chaque jour, et qui ne remarquait rien. Personne, autour, ne remarquait rien.
Le pot d’azalées roses près de cette foutue fenêtre n’avait pas bougé.

Mutation

Aujourd’hui, donc, je me rends compte de la difficulté à pouvoir expliquer en détail le déroulement de ce genre de choses. Expliquer comment l’image séduisante du Bouddha m’a finalement conduite à rencontrer un être infernal dont le contact sépare du Bouddhisme au lieu d’y relier et dont il est plus que problématique de se débarrasser. Expliquer pourquoi, depuis cet éveil, mon corps, par ailleurs en bonne santé, fonctionne, de même que ma conscience, de manière si différente du commun des mortels, que je me dis souvent que j’ai muté, de mon vivant, dans une branche, inconnue du plus grand nombre, de l’homo sapiens! ruban dans le vent, algue dans l’océan, assouplit par la réception des énergies spirituelles. Ma « porte étroite » s’est ouverte avec l’Éveil et je fus un moment comme la Fiancée du Cantique des Cantiques.
Si, en Asie, on parle de cet état en termes techniques, avec leurs descriptions des chakras et des nadis, dans le monde occidental, où c’est si rare, cela s’exprime plutôt dans un symbolisme aux images mythologiques et poétiques. Ainsi suis-je, au milieu de mes frères, comme une humaine d’une autre espèce! Cette mutation s’est produite, pour ma part, après des initiations tibétaines mais peut-être cela aurait-il pu se réaliser seul, sans eux, ou dans une autre tradition. Sans doute y a-t-il dans certains humains une tendance spontanée à ce genre de transformation, à ce genre de mystique. C’est un fait que parmi l’homo sapiens sapiens circule une « branche » qui – en ce qui me concerne, évidemment! – en est issue, ce qui ne l’empêche pas d’être fort différente du commun des mortels, tant dans le vécu corporel que dans les capacités de conscience.
À l’âge de 44 ans, je suis passée à un autre genre d’humanité.

Difficile à prouver? Oui.
L’énergie naturelle, que l’on dit d’Éveil dans le Bouddhisme mais dont on parle partout, qui fait effraction dans le corps humain, le baigne par l’intermédiaire des canaux subtils, l’enrobe, le mettant en relation à la fois avec le monde extérieur et les mondes invisibles, à laquelle la conscience est également reliée,  -produisant ainsi les dons qui, chez certains, lui sont associés (miracles, lévitation, clairvoyance, etc…-, est une énergie qui fonctionne à l’inverse, pour une part, des lois de l’apesanteur du monde ordinaire. À l’inverse des forces de mort et de destruction. Elle produit aussi, de manière équilibrée, sur le plan de la conscience, l’intention contraire, la pensée contraire – et les actes qui vont avec -, l’opposé, entre celui qui vit avec cette énergie et celui qui n’y a pas encore accès pleinement individuellement (l’homo sapiens sapiens ordinaire, justement). C’est une énergie qui est faite pour le bien et la vérité.
L’on comprendra qu’il est difficile, souvent, d’adopter le moyen, cher aux scientifiques, de l’expérience reproductible pour faire de la recherche au milieu du monde sur cet état : l’on est un éveillé avec des gens qui, PARCE QUE l’on a l’intention de reproduire, se paramétreront inconsciemment pour faire le contraire!
Un exemple simple : un éveillé, au milieu d’humains, ressent, mettons, le besoin de baisser la tête. Il sent que cela est accompagné du mouvement naturel de l’énergie (et il est nettement préférable de le suivre pour rester en harmonie avec tout ce qui est positif; c’est le « wu-wei », le non-agir, le laisser-faire bien connu du Taoïsme). Cela correspond, synchroniquement, simultanément, au besoin, machinal ou impératif selon les cas, pour les humains ordinaires qui l’environnent, de lever la tête, c’est-à-dire un mouvement dans le sens contraire. Sur le plan du langage, il arrive fréquemment que, par exemple, si un éveillé PENSE blanc, un humain ordinaire, à côté de lui, DIRA, tout haut, noir. Les deux auront raison dans leurs univers respectifs. Ils vivent ensemble, mais de manière différente. Cela jouant manifestement sur les plans de la volition et de l’action, donc de l’organisation des choses, il est fort difficile d’arriver à travailler là-dessus, ne serait-ce que pour se rencontrer, parler du sujet, programmer des rendez-vous, organiser les expériences diverses permettant d’accumuler ces preuves concrètes qui sont la base de l’expérience scientifique.

Ainsi passe-t-on la plupart du temps au milieu de ses frères humains, silencieux et tranquille, sans qu’ils aient la moindre idée que cet état différent du leur existe!